Absence de l’État et dégradation environnementale : Ce que révèlent les crises de Nionssomoridou et Siguiri
Dans les zones minières de Guinée, les tensions communautaires montent d’un cran. Ce vendredi 28 novembre 2025, à Siguiri, des jeunes ont incendié le pickup d’une entreprise minière chinoise, et les plaintes répétées des femmes de Nionssomoridou dans la préfecture de Kérouané en debut du mois , illustrent parfaitement un malaise profond. l’État est absent là où sa présence est la plus nécessaire. Ce vide ouvre la voie à des pratiques minières souvent incontrôlées, avec des impacts environnementaux dramatiques et un sentiment d’abandon ressenti par les communautés locales.
pickup d’une entreprise minière chinoise en feu, Siguuri 28 novembre 2025 a 10h
À Siguiri, les jeunes dénoncent la dégradation de leurs terres, la pollution des marigots, la disparition de la végétation et l’expansion incontrôlée de sites mécanisés qui redessinent leurs paysages sans aucune considération environnementale. La chaleur s’intensifie, les nappes d’eau se raréfient et les moyens de subsistance traditionnels s’effondrent. Les memes griefs se répètent à Nionssomoridou, où les femmes s’inquiètent de la pollution de leurs sources d’eau, de la destruction des sols, de l’assèchement des rivières et du non respect des engagements annoncés par certains opérateurs miniers. Elles parlent de promesses vagues, de quelques billets distribués, puis d’un silence total.
Dans ces deux localités, la trame est identique .Des entreprises qui avancent sans contrôle, des communautés qui s’épuisent à faire entendre leur voix, et un État dont la présence se résume trop souvent à des textes de loi jamais appliqués. Pourtant, la Guinée dispose d’un Code de l’environnement, d’un Code minier exigeant des Études d’Impact Environnemental et Social (EIES), de plans de gestion environnementale (PGES) obligatoires et d’un cadre réglementaire qui, sur le papier, protège clairement les populations et leur environnement. Le problème ne vient donc pas du manque de lois, mais de leur non-application sur le terrain.
Lorsque l’État n’assume pas son rôle de régulateur et les conséquences sont immédiates . Des machines tournent sans autorisations valables, les consultations communautaires sont contournées, les cours d’eau sont pollués, les forêts disparaissent, les sites miniers ne sont pas restaurés et les populations n’ont aucun recours institutionnel. Dans ce vide, chacun agit selon ses intérêts. Les entreprises exploitent, les communautés s’exaspèrent et, faute de canaux de dialogue, la colère finit par exploser.
Femmes de Nionssomoridou à la recherche de l’eau, Kerouane, Guinée.
Les jeunes de Siguiri et les femmes de Nionssomoridou ne réclament pas la lune. Leur combat n’est pas idéologique. Il traduit un besoin simple, presque vital : être protégés par l’État, être respectés par les entreprises, et vivre dans un environnement qui ne compromet pas leur avenir. Leur frustration est nourrie par la perception que personne ne les écoute, que personne ne vient constater les dégâts, et que la loi ne s’applique jamais de manière équitable.
Ces événements ne sont pas des incidents isolés. Ils sont les symptômes d’une gouvernance environnementale fragile, où l’absence d’un contrôle public sérieux laisse la place à des pratiques dangereuses, tant pour l’écosystème que pour la stabilité sociale. Une présence plus active de l’État dans les zones minières, des inspections régulières, un suivi strict des engagements des entreprises et un mécanisme clair de dialogue communautaire sont indispensables. Sans cela, la Guinée continuera de payer au prix fort les coûts d’une exploitation mal encadrée.
La Guinée ne souffre pas d’un manque de ressources. Elle souffre d’un manque de gouvernance. Tant que l’État ne jouera pas pleinement son rôle, pas pour prendre parti, mais pour faire respecter ses propres lois, les tensions vont persister et les dégâts environnementaux s’aggraver. Les voix de Siguiri et de Nionssomoridou sonnent comme un avertissement. Les ignorer, c’est laisser s’installer un cycle de frustration, de dégradation et de violence. Y répondre avec sérieux, au contraire, permettrait enfin de bâtir un secteur minier durable, responsable et bénéfique pour toutes et tous.