Violence à Siguiri : incendie d’un pick-up , tension maximale et une victime— la jeunesse de la ville minière à bout de souffle.
Siguiri, 29 novembre 2025 — La nuit a une nouvelle fois été mouvementée dans la préfecture aurifère de Siguiri. Une manifestation nocturne, survenue dans un climat de frustration grandissante, a dégénéré en violences . Comme pour exiger une reaction rapide des autorités locales. deux jours plutot, un pick-up appartenant à une entreprise chinoise avait été incendié . Dans la nuit d’hier 29 novembre 2025, les medias locaux rapportent q’une personne a perdu la vie. Un blessé grave a également été évacué vers l’hôpital préfectoral et un jeune activiste arrêté.
routes barricadées et pneus en feu, Kouroudakoro, Siguiri 30 Nov.25
Derrière ces faits dramatiques, c’est une question de gouvernance minière qui refait surface , ou plutôt, un vide de gouvernance que les populations vivent quotidiennement.
La jeuness de Siguiri couve cette colère depuis longtemps. La zone concernée est parmi les plus dégradées de la région . Les sols éventrés, nappes phréatiques compromises, pollution sonore et poussière permanente. Depuis des années, la jeunesse de Siguiri multiplie les plaintes contre ce qu’elle qualifie d’exploitation anarchique du secteur aurifère. Mais ces revendications, souvent adressées aux autorités locales et déconcentrées, se heurtent à un mur de silence.
Comme dans de nombreuses zones minières du pays, les jeunes se sentent abandonnés, non écoutés, et surtout non protégés par l’État.
Un drame annoncé : quand l’absence de dialogue crée l’étincelle
Les tensions de ces derniers jours n’arrivent pas par hasard. L’incendie du pick-up chinois, survenu il y a 48 heures, aurait pu servir d’alerte précoce. Pourtant, aucune réaction officielle, aucune médiation, aucun déplacement des autorités n’a été observé entre cet incident et la nuit meurtrière du 29 novembre.
pickup d’une entreprise minière en feu, Siguiri, Bananinkoro, 28 Nov.25
Dans un contexte où les exploitations artisanales, semi-industrielles et industrielles se chevauchent sans cadre clair, l’absence d’une réponse rapide équivaut à un carburant versé sur des braises déjà incandescentes.
L’incident met en lumière une gouvernance minière fragilisée avec le manque de mécanismes de gouvernance inclusive autour des projets miniers dans la région à savoir :
-Pas de canal de dialogue structure : Les jeunes, les femmes, les communautés locales n’ont que la rue pour s’exprimer. Faute de consultations régulières, leur colère se transforme en actes.
-Pas de contrôle strict des opérations minières : La prolifération des chantiers artisanaux et semi-industriels crée une confusion institutionnelle propice aux abus.
-Faible présence de l’État : Les cadres mandatés pour superviser les activités ne disposent ni des moyens techniques ni de l’autorité suffisante pour réguler efficacement.
-Incapacité à anticiper les risques sociaux: Chaque crise devient un cycle : incident, des tensions , une émeute, des morts, le silence et la reprise des activités et puis une nouvelle crise.
Depuis des années, les documents stratégiques évoquent la nécessité de comités locaux de suivi, de mécanismes de gestion des griefs, de plans de développement communautaire et de processus participatifs autour de l’exploitation aurifère. Mais à Siguiri, comme ailleurs, ces dispositifs restent théoriques. Sur le terrain, les entreprises opèrent souvent dans un environnement où les règles existent mais ne sont pas appliquées, et où l’État peine à jouer son rôle d’arbitre.
Mine semi-artisanale, Doko, Siguiri.
La situation actuelle révèle une jeunesse écœurée par la dégradation environnementale fatiguée des promesses non tenues,exaspérée par l’absence de réponses institutionnelles et déterminée à faire entendre sa voix, coûte que coûte. Le drame de Siguiri n’est pas seulement un fait divers , c’est l’expression brutale d’une rupture de confiance entre populations locales, entreprises minières et autorités publiques.
Pour éviter une escalade et restaurer la confiance, l’Etat doit imperativement procéder à un apaisement immediat a travers une prise de parole officielle, une mission de terrain, et surtout une reconnaissance publique des problèmes. Ensuite ouvrir un dialogue communautaire structuré. Enfin mettre en place un cadre permanent de concertation incluant jeunes, femmes, élus locaux, entreprises et autorités.
Le pays doit réguler fermement les opérations minières en effectuant une cartographie des exploitations, suspendre les activités illégales, clarifier les responsabilités institutionnelles, renforcer les contrôles.
Equipements d’entreprises semi-artisanales, siguiri.
Sans cela, le cycle de violence continuera et Siguiri ne sera qu’un épisode de plus dans une série de crises prévisibles. La gouvernance minière en Guinée ne peut plus se permettre d’être réactive et sporadique. Elle doit être anticipative, inclusive et transparente.Parce qu’à Siguiri, comme ailleurs, une jeunesse à bout de souffle n’a plus la patience d’attendre.
A suivre…