🇳🇪 Niger : Le pays rompt définitivement avec le groupe français Orano et ouvre son uranium au marché mondial
Le divorce entre les nouvelles autorités nigérienne et le géant français de l’uranium était acté il y a longtemps. Mais le pays vient de franchir une nouvelle étape dans sa rupture avec la France en annonçant la mise sur le marché international de l’uranium extrait par la Somaïr, l’ancienne filiale du groupe français Orano désormais nationalisée. Cette décision marque la fin d’un partenariat vieux de plusieurs décennies, qui avait fait du Niger l’un des principaux fournisseurs d’uranium pour l’industrie nucléaire française.
Site d’extraction d’uranium dans la région d’Arlit, au nord du Niger, cœur historique de l’activité minière et zone stratégique des anciennes opérations d’Orano.
Depuis son arrivée au pouvoir en juillet 2023, le général Abdourahamane Tiani a fait de la souveraineté minière un symbole central de son bras de fer avec Paris. La mise en vente directe de l’uranium nigérien s’inscrit moins comme une évolution technique que comme un acte politique assumé. Le chef de la junte revendique désormais pour son pays « le droit légitime de disposer de ses ressources naturelles » et de les commercialiser librement auprès de tout acheteur, sans exclusive. Le message est clair, autant pour la France que pour les puissances émergentes déjà positionnées sur ce secteur stratégique.
L’intérêt des pays comme la Russie ou l’Iran pour l’uranium nigérien est connu. Moscou a fait part de sa volonté d’exploiter les gisements du pays dès 2024, tandis que Téhéran intensifie ses initiatives diplomatiques dans la région. En ouvrant son uranium au marché mondial, Niamey affirme que le monopole français appartient désormais au passé. Cette réorientation pourrait profondément redessiner les équilibres énergétiques et géopolitiques du Sahel, à un moment où plusieurs régimes militaires cherchent à s’émanciper de l’influence occidentale.
La nationalisation de la Somaïr s’inscrit dans cette dynamique de rupture. Cette filiale, détenue jusqu’alors à 63,4 % par Orano, a été reprise en main en juin après le retrait par les autorités nigériennes de tous les permis d’exploitation du groupe français, y compris celui du gigantesque gisement d’Imouraren, l’un des plus importants au monde avec environ 200 000 tonnes de réserves. Orano a enclenché plusieurs procédures d’arbitrage international, dont l’une a abouti en septembre à une décision interdisant au Niger de vendre l’uranium déjà extrait par la Somaïr. Malgré cette interdiction, un convoi transportant environ 1 000 tonnes aurait quitté Arlit pour rejoindre le port de Lomé, selon des sources locales corroborées par des médias régionaux.
Avec près de 4,7 % de la production mondiale d’uranium naturel, le Niger occupe une place stratégique sur le marché du combustible nucléaire. L’affrontement entre Niamey et Orano dépasse donc largement le cadre technique ou commercial. Il touche à la sécurité énergétique, à la concurrence des puissances et à la recomposition des alliances en Afrique de l’Ouest. Pour Orano, contrôlé majoritairement par l’État français, la perte de ses actifs nigériens représente un revers industriel majeur. Pour Niamey, c’est au contraire une occasion d’affirmer une nouvelle diplomatie économique fondée sur la diversification et la souveraineté.
Au final, la décision du Niger de mettre fin au monopole français sur son uranium ouvre une nouvelle phase de compétition dans laquelle le pays devient un terrain convoité par plusieurs acteurs, anciens comme nouveaux. La nationalisation de la Somaïr, l’ouverture aux marchés extra-occidentaux et les arbitrages internationaux en cours dessinent un paysage minier et géopolitique en pleine recomposition, dans lequel Niamey entend désormais peser par lui-même.