Simandou : Une chance historique et une responsabilité collective pour la Guinée.

Chaines de montagnes de Simandou, Sud de la Guinée. Afrique de l’Ouest.

Face aux enjeux majeurs du projet Simandou, la société civile guinéenne, regroupée au sein du Forum des Forces Sociales de Guinée,  est passée à l’action. À travers un Mémorandum Témoin, le Forum des Forces Sociales de Guinée a décidé d’alerter l’État, les partenaires techniques et financiers, les investisseurs et l’opinion nationale et internationale sur plusieurs risques jugés critiques pour l’avenir du projet. L’objectif affiché n’est pas de bloquer Simandou, mais de prévenir les erreurs, de protéger l’intérêt général et de faire de cette opportunité minière un véritable levier de développement pour la Guinée.

Points clés soulevés sont:

·       Absence de publication des conventions minières renégociées, en contradiction avec le droit à l’information du code minier.

·       Doutes sur la rentabilité réelle du projet pour l’État malgré un minerai de très haute qualité.

·       Risques économiques liés à une production massive pouvant faire baisser les prix du minerai.

·       Incertitudes sur la durabilité, la gouvernance et l’usage futur des infrastructures (rail, port).

·       Préoccupations sur les impacts environnementaux, les droits des communautés et l’espace d’expression citoyenne.

Depuis des décennies, Simandou occupe une place à part dans l’imaginaire collectif guinéen. Ce gisement de minerai de fer, parmi les plus riches au monde, porte l’espoir d’un véritable tournant économique. Avec des réserves évaluées à plusieurs milliards de tonnes, une teneur exceptionnelle et des investissements annoncés autour de 20 milliards de dollars US , le projet promet des infrastructures majeures et des revenus capables de transformer durablement le pays.

Mais, le syndrome hollandais et l’expérience d’autres pays riches en ressources naturelles est claire, un grand projet ne garantit pas automatiquement le développement. Ce sont les règles, les choix politiques et la qualité de la gouvernance qui font la différence. C’est précisément ce message que porte aujourd’hui la société civile guinéenne à travers le Mémorandum Témoin publié.

Ce document ne s’oppose pas au projet Simandou. Il s’inscrit au contraire dans une démarche de vigilance citoyenne et de responsabilité patriotique. Il alerte sur des zones d’ombre qui, si elles ne sont pas levées, pourraient réduire fortement les bénéfices attendus pour le pays. La première concerne la transparence. Le lancement des opérations d’exploitation sans publication claire des conventions minières renégociées en 2023 pose un problème de fond.Ceci est contraire aux dispositions de l’article 18 du code minier sur les conventions minières. Dans un État moderne, la gestion d’une ressource stratégique ne peut se faire sans information claire et accessible. La transparence est la base de la confiance entre l’État et les citoyens.

Cette situation est d’autant plus sensible que Simandou repose sur un minerai d’une valeur exceptionnelle. La société civile s’interroge sur la capacité réelle du projet à générer des retombées à la hauteur de cette richesse. Elle questionne les choix faits en matière de participation de l’État, l’impact des exonérations fiscales accordées et les mécanismes de partage de la valeur. Derrière ces interrogations se joue un enjeu central, comment transformer une opportunité minière unique en revenus durables pour financer le développement du pays.

Le mémorandum attire aussi l’attention sur un risque économique important. La production annoncée, très élevée à l’échelle mondiale, pourrait peser sur les prix du minerai de fer. Exporter davantage ne signifie pas toujours gagner davantage. Sans stratégie claire, sans capacité de contrôle et sans anticipation des marchés, la Guinée pourrait produire beaucoup tout en captant une part limitée de la valeur. La société civile insiste également sur la nécessité pour l’État de maîtriser les volumes exportés, de lutter contre la sous-facturation et les prix de transfert, et de renforcer les capacités de l’administration fiscale et douanière.

Simandou ne se limite pas à une mine. C’est aussi un vaste projet d’infrastructures qui va transformer durablement le territoire. Chemins de fer, ports, corridors logistiques : ce qui est construit aujourd’hui structurera l’économie guinéenne bien après la fin de l’exploitation minière. La société civile invite donc à penser dès maintenant l’après-mine. La question n’est pas seulement de construire, mais de savoir pour qui, pour combien de temps et pour quels usages futurs. Des infrastructures pensées uniquement pour la mine risquent de devenir inutiles demain. Des infrastructures pensées pour le développement peuvent devenir un héritage national.

Enfin, le mémorandum rappelle que Simandou est aussi un projet humain et environnemental. Les communautés locales, les terres traversées et les écosystèmes affectés doivent être pleinement pris en compte. La réussite du projet dépendra de la capacité à protéger l’environnement, à respecter les droits des populations et à permettre un débat public apaisé. Un développement imposé sans dialogue crée des tensions ; un développement construit avec les citoyens crée de l’adhésion.

Au fond, la société civile pose une question simple mais essentielle : quel modèle de développement la Guinée veut-elle bâtir à partir de ses ressources naturelles ? Simandou peut devenir un exemple positif, une référence en matière de gouvernance et de vision à long terme. Mais sans vigilance et sans corrections, il peut aussi rejoindre la liste des grandes occasions manquées.

Le message final est clair et profondément patriotique. Simandou doit être plus qu’un projet minier. Il doit devenir un projet de société. Un projet fondé sur la transparence, la responsabilité et l’intérêt général. Car, en définitive, ce ne sont pas les minerais qui font la richesse d’un pays, mais la manière dont il choisit de les gouverner, pour aujourd’hui et pour demain.

Nous y reviendrons…

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