RDC : la suspension du traitement artisanal du cuivre et du cobalt, un test de gouvernance minière

La République Démocratique du Congo (RDC) a engagé une nouvelle étape dans la régulation de son secteur minier en décidant de suspendre le traitement et la commercialisation des minerais artisanaux de cuivre et de cobalt. Cette décision, formalisée par un décret  daté du 19 décembre et signé par le ministre des Mines, vise à renforcer la transparence, à lutter contre la corruption et à limiter les exportations illégales qui fragilisent la gouvernance d’un secteur stratégique pour l’économie nationale.

Premier producteur Mondial de cobalt, avec environ 70 % de la production globale, la RDC occupe une position centrale dans les chaînes d’approvisionnement liées à la transition énergétique. Batteries pour véhicules électriques, stockage d’énergie et technologies ‘‘bas carbone’’ dépendent fortement des minerais congolais. Dans ce contexte, la capacité du gouvernement à réguler durablement la filière artisanale constitue un enjeu majeur, tant pour la crédibilité de l’État que pour la stabilité des chaînes de valeur internationales.

Image : 2025, Utilisation et Demande globales du Cobalt, ressources-naturelles.canada.ca

Une mesure de contrôle dans un secteur structurellement informel

Le décret impose à toutes les entités impliquées dans le traitement et la commercialisation du cuivre et du cobalt artisanaux de suspendre temporairement leurs activités, en attendant la certification de l’origine des minerais utilisés. Il prévoit également la mise en place d’une commission chargée de vérifier la traçabilité et la légalité des approvisionnements.

Cette initiative répond à une réalité persistante en RDC, l’exploitation artisanale, bien qu’essentielle à l’économie locale, reste largement informelle. Les flux de minerais sont difficiles à quantifier, les conditions humaines de travail difficiles à évaluer, les circuits de commercialisation opaques et les pertes de recettes pour l’État importantes. En suspendant le traitement, les autorités cherchent à reprendre la maîtrise des volumes effectivement produits et à identifier les points de fuite au sein de la chaîne de valeur.

Un enjeu de crédibilité et de continuité de l’action publique

Au-delà de l’annonce, la principale interrogation porte sur la capacité du gouvernement congolais à maintenir cette réforme dans la durée. Les précédentes tentatives d’assainissement du secteur minier ont souvent buté sur des résistances locales, des intérêts économiques puissants et des faiblesses institutionnelles. La création d’une commission de contrôle constitue une étape clé, mais son efficacité dépendra de plusieurs facteurs : son indépendance réelle, la disponibilité de moyens techniques et humains, ainsi que la cohérence entre les différents services de l’État impliqués. Sans un suivi rigoureux et continu, le risque est que la suspension ne produise que des effets temporaires, laissant place à une reconfiguration des pratiques informelles plutôt qu’à leur disparition.

Les exploitants artisanaux au cœur de l’équation

L’exploitation minière artisanale représente une source de revenus vitale pour une part importante de la population congolaise. Entre 1,5 et 2 millions de personnes y sont directement employées, et plusieurs millions d’autres en dépendent indirectement. Ces exploitants artisanaux, parfois sous rémunérés, constituent également un maillon essentiel de l’approvisionnement des grandes entreprises étrangères, souvent en amont des unités industrielles de transformation.

Dans un contexte de transition écologique mondiale, où la demande en cobalt et en cuivre est appelée à croître, ignorer les intérêts des acteurs artisanaux reviendrait à fragiliser l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement. La suspension du traitement, si elle n’est pas accompagnée de mécanismes d’intégration et de formalisation, pourrait accentuer la précarité sociale, favoriser des circuits clandestins et créer des tensions durables dans les zones minières.

Entre exigences ESG et réalités locales

La décision des autorités s’inscrit dans une dynamique plus large d’alignement sur les standards environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG). Le lancement en novembre, du premier lot de cobalt artisanal traçable illustre la volonté de la RDC de répondre aux attentes croissantes des acheteurs internationaux, soucieux de sécuriser des chaînes d’approvisionnement responsables. Cependant, la mise en œuvre de ces standards implique des coûts et des contraintes supplémentaires. La production traçable, plus encadrée, tend à être plus chère, ce qui peut exclure les exploitants artisanaux les plus vulnérables s’ils ne bénéficient pas d’un accompagnement adapté. La capacité du gouvernement à concilier exigences internationales et inclusion des producteurs locaux sera déterminante pour la réussite de la réforme.

Un équilibre à construire sur le long terme

La suspension du traitement artisanal du cuivre et du cobalt apparaît ainsi comme un test de gouvernance minière pour la RDC. Elle révèle la volonté des autorités de mieux contrôler un secteur stratégique, mais pose aussi la question de la cohérence et de la durabilité de l’action publique. Pour que cette mesure devienne un levier de transformation plutôt qu’une simple parenthèse réglementaire, elle devra s’inscrire dans une approche graduelle, combinant contrôle, dialogue avec les exploitants artisanaux, lutte effective contre la corruption et intégration progressive dans des chaînes d’approvisionnement formelles. À défaut, le risque est de voir se creuser l’écart entre les ambitions affichées de la transition écologique mondiale et les réalités sociales et économiques locales.

Dans un contexte où la demande mondiale en minerais critiques ne cesse de croître, la capacité de la RDC à tenir cet équilibre conditionnera non seulement la crédibilité de sa gouvernance minière, mais aussi sa place durable dans les chaînes de valeur de l’économie “bas carbone”.

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