Accusation de vol d’uranium au Niger 🇳🇪 : chronologie d’un bras de fer minier et politique.

Mine d’uranium d’Arlit, Niger

L’accusation de « vol d’uranium » portée contre les autorités nigériennes ne surgit pas de nulle part. Elle s’inscrit dans une succession d’événements marqués par la rupture des relations entre le Niger et la France depuis l’arrivée au pouvoir d’une junte militaire en juillet 2023, et par la remise en cause du modèle historique d’exploitation de l’uranium nigérien.

 Pendant plus de cinquante ans, l’uranium du Niger a Ă©tĂ© exploitĂ© principalement par des sociĂ©tĂ©s françaises, d’abord Areva puis Orano, Ă  travers plusieurs sites miniers, dont la SomaĂŻr Ă  Arlit. Ce partenariat, longtemps prĂ©sentĂ© comme stratĂ©gique, a nĂ©anmoins Ă©tĂ© rĂ©gulièrement critiquĂ© au Niger pour ses retombĂ©es Ă©conomiques jugĂ©es insuffisantes et pour un sentiment persistant de dĂ©sĂ©quilibre dans le partage de la valeur.

Après le coup d’État de juillet 2023, les nouvelles autorités nigériennes ont rapidement affiché leur volonté de reprendre le contrôle des ressources naturelles du pays. L’uranium, ressource hautement stratégique, est alors devenu un symbole de souveraineté. En juin 2025, le régime annonce la nationalisation de la Somaïr, jusque-là détenue majoritairement par Orano, et affirme son intention de commercialiser directement l’uranium produit.

C’est Ă  la fin du mois de novembre que la situation bascule. Orano indique dans un communiquĂ©  qu’un chargement d’uranium a quittĂ© le site de la SomaĂŻr sans son accord, alors que l’entreprise conteste la lĂ©galitĂ© de la nationalisation et des dĂ©cisions prises par Niamey. Quelques semaines plus tard, mi-dĂ©cembre, une enquĂŞte judiciaire  est ouverte Ă  Paris pour vol en bande organisĂ©e, avec la suspicion que cette opĂ©ration ait pu servir les intĂ©rĂŞts d’une puissance Ă©trangère.

 Cette qualification judiciaire provoque une rĂ©action immĂ©diate et ferme des autoritĂ©s nigĂ©riennes. Le ministre des Mines, le colonel Ousmane Abarchi, rejette catĂ©goriquement l’accusation, estimant qu’il est abusif de parler de vol lorsqu’il s’agit de l’exploitation d’une ressource nationale. « On ne peut pas voler ce que l’on possède lĂ©gitimement », dĂ©clare-t-il, dĂ©nonçant une rhĂ©torique qu’il juge dangereuse et politiquement orientĂ©e. Le ministre nigĂ©rien de la Justice, Alio Daouda, va plus loin. Il accuse Orano d’avoir accumulĂ© des dettes importantes envers l’État nigĂ©rien et d’avoir, pendant des annĂ©es, minorĂ© la teneur rĂ©elle de l’uranium extrait. « Entre le Niger et Orano, qui a volĂ© qui ? », interroge-t-il publiquement, renversant ainsi le cĹ“ur de l’accusation.

Sur le plan juridique, le conflit se durcit. Orano, dont plus de 90 % du capital est détenu par l’État français, annonce fin 2024 la perte de son contrôle opérationnel sur ses trois actifs au Niger : la Somaïr, la Cominak (fermée depuis 2021) et le projet Imouraren. Le groupe engage plusieurs procédures d’arbitrage international contre l’État nigérien. En septembre, un tribunal arbitral lui donne partiellement raison en demandant au Niger de ne pas vendre l’uranium stocké à la Somaïr, estimé à environ 1 300 tonnes, pour une valeur de 250 millions d’euros.

 Au-delĂ  de la bataille judiciaire, cette affaire rĂ©vèle une fracture plus profonde. Pour Niamey, il s’agit d’un acte de souverainetĂ© et d’un changement de paradigme dans la gestion des ressources naturelles. Pour Paris et Orano, l’enjeu est la protection des investissements et du cadre contractuel international.

 Fournisseur   d’environ 4,7 % de la production mondiale d’uranium, selon des donnĂ©es de 2021, le Niger reste un acteur clĂ© du marchĂ©. Mais l’uranium est dĂ©sormais au cĹ“ur d’un affrontement qui dĂ©passe le simple cadre Ă©conomique. Il cristallise les tensions politiques, la redĂ©finition des alliances internationales du Niger et la volontĂ© des autoritĂ©s militaires de rompre avec un modèle hĂ©ritĂ© de plusieurs dĂ©cennies de coopĂ©ration avec la France.

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Ressources naturelles : atout stratégique ou vulnérabilité géopolitique ?

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RDC : la suspension du traitement artisanal du cuivre et du cobalt, un test de gouvernance minière